Terroirs et territoires : Limousin option bio direction Limoges - Biocoop
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30/03/2021

Terroirs et territoires : Limousin option bio direction Limoges

Des prairies, des forêts, une image de nature, voilà le charme de la Haute-Vienne avec Limoges en son centre. Suffit-il à maintenir la vitalité d’un territoire rural qui s’interroge sur le devenir de ses terres face aux difficultés de son monde agricole ? Bien qu’encore peu développée, l’agriculture bio est portée par des pionniers et, de plus en plus, par des arrivants sur des modèles variés qui inspirent. 

Par Pascale Solana

Ils sont aussi parmi la soixantaine de producteurs qui travaillent avec les magasins Biocoop de Limoges et alentour. On est allé à leur rencontre en Haute-Vienne, évidemment pas en limousine qui, avant la berline de luxe, désignait dans la région une solide charrette tirée par des chevaux.

(a) Pascale Solana

Sur les contreforts ouest du Massif central, cette région de reliefs est restée très rurale. Le modèle agricole dominant est l’élevage extensif, surtout de bovins à viande. En conventionnel, une bonne part des veaux et broutards (jeunes bœufs) partent vers l’Italie ou l’Espagne, pour l’engraissage et l’export. Jean-Pierre Raimbourg à Esse, à la frontière du département côté Charente, n’adhère pas à ce schéma carboné. Il a choisi la race hereford, non locale mais plus adaptée à ses conditions. Il suit ses animaux du début à la fin et valorise leur viande en circuit court, chez Céline Granet par exemple. 

D’autres ont misé sur le coopératif, tel Le Pré Vert, 100 % bio depuis 1996. Ses éleveurs commercialisent en France dans des boucheries traditionnelles ou encore chez Biocoop sous logo Avec nos paysan.ne.s associé.e.s. Le Pré Vert a même fait du veau rosé une spécialité.

(a) Pascale Solana

POMMES, POISONS, PIONNIERS

Le Limousin, c’est aussi les vergers et la pomme. Murielle et Hervé Ferrand, en biodynamie depuis 2012, en bio depuis plus longtemps, cultivent une douzaine de variétés de pomme dont la Sainte Germaine ancienne et locale. « Ici, les producteurs en bio le sont depuis longtemps et sont très militants, explique Aurélie Brunet-Goltrant, gérante de Biocoop L’Aubre à Limoges.

Depuis 5 ans, des jeunes s’installent. Plutôt ruraux mais pas forcément de la région. » Le prix des terres reste inférieur à la moyenne nationale. 

(a) Pascale Solana

L’EFFET TACHE D’HUILE

Tout est à réinventer. Les hommes sont à relier. En bio, cela se produit naturellement. « Quand un bio s’installe, ça fait tache d’huile ! Ils se serrent les coudes », observe Aurélie Brunet-Goltrant. À l’est, près d’Eymoutiers, lors de notre visite, un groupe de La Courte Échelle visitait la ferme de Daisy Groff : « Nous voulons créer des liens solidaires entre les familles », expliquait le directeur de cette association du réseau Café des Enfants devant le casse-croûte champêtre préparé par l’éleveuse.

Au sud, la ferme collective de la Tournerie ou l’histoire de 11 amis qui voulaient devenir paysans mais qui n’avaient pas de terre. L’épargne locale collectée par la foncière Terre de Liens leur a permis de s’installer ensemble sur 83 hectares en 2016. Ils mènent des ateliers différents – boulangerie, élevage, brasserie, etc. – ce qui leur permet de s’entraider et de limiter les astreintes du métier. 

(a) Pascale Solana
(a) Pascale Solana

Un jour, Éric Dufour se pique de passion pour les ruches qu’un oncle lui a cédées. Il devient apiculteur pro. Les ruchers de la Courcelle, à Bersac-sur-Rivalier, aux pieds des monts d’Ambassac, dans une nature préservée où pousse notamment la bourdaine. Le miel de la fleur de cet arbuste est une spécialité limousine, Éric en produit.

Mais il a une autre spécialité que le miel : il élève des reines, mille par an. La larve femelle d’un jour prélevée au pinceau est installée dans une cupule, minuscule berceau placé dans une petite ruche, la crèche, nourrie de gelée royale jusqu’à son stade d’imago, jeune adulte. Alors, elle pourra rejoindre l’essaim d’un apiculteur qui souhaite renouveler son cheptel. Elle voyagera dans un carrosse dédié, petite boîte aérée, accompagnée de deux ou trois ouvrières pour rassurer.

(a) Pascale Solana
(a) Pascale Solana

JADE OLIVEIRA DA SILVA
Éleveuse d’escargots, Bersac-sur-Rivalier

C’est dans un trou de verdure où chante un ru, au nord de la Haute-Vienne, que vivent Jade Oliveira Da Silva et ses escargots.

Une longue langue de pelouse sépare la maison en pierre de l’hélicultrice des parcs aux filets verts de Helix aspersa, la race qu’elle élève en bio : chaque printemps, 200 000 gastéropodes juste éclos débarquent de l’Ardèche. À partir de l’été, elle les ramasse pour des recettes élaborées avec les ingrédients de son potager : Les Escargots de Jade. « Les mollusques sont des filtreurs de pollution, explique-t-elle, la qualité du milieu est essentielle. Le gastéropode supporte par exemple le glyphosate. Sa chair pourrait en contenir ! On désherbe autour d’eux sans produits. »

(a) Pascale Solana

Côté producteurs

Paysans, herboriste et glacier

CINDY MILCENT

Paysanne herboriste, Les fées Cueillettes

PIERRE SCHOUWEY

Paysan glacier, Le verger de la Lune, Eymoutiers

Le métier d’herboriste ayant été supprimé en 1941, seuls les pharmaciens ont le droit de vente, sauf pour 148 plantes libérées. Pourtant Cindy s’est formée. Elle vit avec les plantes, elle sait leurs secrets et sent la terre qui les porte car, au pied du plateau des Millevaches, elle cultive les aromatiques et les médicinales, les cueille puis les sèche et les transforme depuis 7 ans, selon le cahier des charges bio, en suivant de plus les prescriptions et les valeurs du syndicat.

Savoir ses plantes dans des magasins Biocoop, avec des clients qui s’y intéressent, pour elle, ça a du sens. « Lors des cueillettes, j’observe les lieux, les espèces présentes, témoins de qualité ou de problèmeexplique-t-elle. Son compagnon Pierre Schouwey, lui, donne dans le gourmand : il est paysan glacier, ce n’est pas courant ! Ses recettes ? D’étonnants mariages de plantes aromatiques et de fruits qu’il cultive : myrtille-sapin, menthe-bergamote-rhubarbe.

Côté magasin

L’Aubre s’enracine

AURÉLIE BRUNET-GOLTRANT

Gérante de Biocoop L’Aubre, Limoges

(a) Pascale Solana

La bio et Aurélie Brunet-Goltrant (au centre sur la photo), c’est une rencontre et une mission. Un premier enfant il y a 13 ans l’amène à se questionner sur l’alimentation et l’agriculture, puis un coup de main pour organiser la foire bio de Limoges et voilà qu’elle devient administratrice de Terre de Liens puis d’Agrobio 87 avec une idée de plus en plus prégnante, développer la bio dans cette région de déprise agricole.

Elle construit Biocoop L’Aubre, l’arbre en occitan, un bâtiment écoconçu avec des murs de paille. Innovant. Comme la gouvernance partagée dans son équipe, inspirée de l’holacratie. Pas de hiérarchie, de l’autonomie, des décisions collectives. 

Retrouvez cette enquête dans le n° 115 de CULTURESBIO, le magazine de Biocoop, distribué gratuitement dans les magasins du réseau, dans la limite des stocks disponibles, ou à télécharger sur le site de Biocoop.