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Valérie Masson-Delmotte, climatologue socialement impliquée

Publié le 08/12/2020

Sécheresses, inondations, tornades, extinctions d’espèces : l’urgence climatique est là ! Biocoop monte au créneau pour engager le changement écologique. Pour vous en dire plus sur ce combat, nous donnons la parole à Valérie Masson-Delmotte, climatologue au Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) et membre du Haut Conseil pour le climat.

  

Propos recueillis par Gaïa Mugler

Photo de Valérie Masson-Delmotte ©Sebastien Rotella

En quoi le réchauffement du climat est-il dangereux ?

Ce qui est dangereux, c’est l’amplitude du réchauffement, sa vitesse et son caractère inédit, et donc, les capacités d’adaptation limitées qui en résultent. Comment savoir quelles seront les semences adaptées en 2050 sans analogue ?

 

D’où la nécessité d’approches participatives dans la prise de décision, comme la Convention citoyenne pour le climat, ces 150 citoyens tirés au sort pour répondre au réchauffement climatique dans un esprit de justice sociale ?

Oui, d’autant que les vulnérabilités vont être très diverses. Donc il faut des systèmes de prise de décisions robustes, flexibles et tirant parti de l’intelligence collective. À ce jour (le 2 juillet, NDLR), je n’ai pas fait d’analyse approfondie des propositions de la Convention citoyenne pour le climat mais elles ont une cohérence et sont ambitieuses. J’ai été frappée du niveau d’implication admirable de ces citoyens. J’ai aussi écouté le positionnement du Président et des ministres, et les critiques préparées aux infos. Pour l’instant, ce sont des mots et je m’attache aux actes.

Quels sont les défis à relever au Giec ?

Nous rassemblons différents âges, pays, disciplines. Les femmes, les plus jeunes ou les personnes ayant un accent seront moins écoutés. On a donc travaillé sur l’inclusion avec des consultantes pour que chacun puisse s’exprimer et que l’apport intellectuel de personnes typiquement moins écoutées ne nous échappe pas. C’est essentiel : plus un groupe est divers, meilleur est le résultat de l’évaluation.

Le climatoscepticisme est-il encore vigoureux ?

Le scepticisme étant une qualité scientifique, je préfère parler de déni. Aujourd’hui, ces autoproclamés « climatoréalistes » nient encore l’inéluctabilité ou l’ampleur du réchauffement. Ils sont souvent fermés à toute approche rationnelle. Mais on peut toujours chercher ce qui relève du bon sens et qui rassemble, plutôt que les clivages.

Que pensez-vous de l’engagement des jeunes ?

Il y a un dialogue de sourds entre des gens au pouvoir, au niveau affligeant de connaissances environnementales, et cette jeune génération qui a grandi avec ces enjeux et n’entend pas qu’on tergiverse. Je vois leur impatience. Après des marches, certains cherchent à acquérir des compétences pour porter des solutions dans leur parcours professionnel. On montre peu cette jeunesse-là.

Votre travail influence-t-il votre mode de vie ?

Oui, j’ai vite voulu calculer mon empreinte. J’ai agi sur l’isolation de mon logement, j’ai un vélo élec­trique, je limite l’avion, je cherche des compensations carbone, je favorise les visioconférences. Je suis graduellement devenue végétarienne. Il est essentiel de laisser le choix à chacun, donc notre famille est composée d’un flexitarien, deux végétariennes et une végétalienne. Actuellement, on essaie de réduire nos déchets.

Avez-vous de l’espoir ?

Je pense que ce sera dur. Un conseiller d’Obama a dit : on a trois options, l’atténuation, l’adaptation et la souffrance. Certains sont très vulnérables. Je pense à des étudiants à Fidji, qui vivent au ras de la mer. À une communauté rurale du Botswana, pour laquelle l’instruction dépend des précipitations…

Compte tenu de vos connaissances, souffrez-vous de « solastalgie** » ?

Je l’ai éprouvée devant des paysages de haute montagne transformés par le recul des glaciers, notamment. Mais dans mon métier, j’essaie de tenir les émotions à distance. Je pense qu’il faut être lucide et responsable sur l’ampleur et l’irréversibilité des risques. Certains ont des leviers d’actions plus importants que d’autres, mais si on s’implique tous au maximum et à la mesure de ses capacités, on a des leviers d’action importants.

* Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat.
** Sentiment de deuil éprouvé devant des atteintes profondes à notre environnement.

Si vous étiez...

  • Un plat cuisiné ?
    Une salade de tomates, avec plein de tomates différentes ! J’adore. L’été, j’attends avec impatience qu’elles sortent du potager de ma fille.
  • Un mot ?
    Curiosité. C’est le moteur de mon travail : pouvoir apprendre en permanence.
  • Une qualité ?
    La persévérance. Réussir dans des situations délicates à garder un cap.
  • Un paysage ?
    Le littoral de la Côte de granit rose, lieu de mes vacances. Avec les marées hautes et basses, il y a deux paysages.
  • Un loisir ?
    Le camping, pour se sentir faire partie d’un environnement sans la barrière de l’habitat en dur.
  • Une invention ?
    Le livre ! Les livres sont certaines de mes plus belles rencontres, comme Abondance et liberté de Pierre Charbonnier (Éd. La Découverte).

BIO EXPRESS

Valérie Masson-Delmotte travaille au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement. Elle est membre du Haut Conseil pour le climat et coprésidente du groupe I du Giec (Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat) qui évalue les bases physiques du changement climatique.

• Associée au prix Nobel de la paix 2007, chevalier de la Légion d’honneur, elle a lancé « l’appel des 400 » contre le climatoscepticisme, reçu de nombreuses distinctions et publié plusieurs ouvrages.

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